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Histoire de Bordeaux

Toutes les villes ont une histoire personnelle, forcément singulière. Bordeaux ne fait pas exception à la règle et elle a eu la chance d’intéresser de grands historiens qui ont marqué de leur empreinte le récit de son destin depuis plus de deux mille ans. Autant d’œuvres avec lesquelles le présent ouvrage ne saurait rivaliser. Il se propose de présenter au lecteur une autre approche : celle de la nature des relations tissées entre la cité et les représentants successifs du pouvoir dont elle dépendait. Soit une évolution, ponctuée de tensions et de crises majeures, qui a modelé le « portrait » de la ville, bouleversé l’existence de ses habitants et révélé le rôle essentiel d’une cité des bords de Garonne devenue la capitale d’une civilisation de la vigne et du vin, et d’une architecture faite pour servir d’écrin à l’immense courbe du port de la Lune.

Auteur de nombreuses études concernant l’Aquitaine, Anne-Marie Cocula-Vaillières, professeur émérite et présidente honoraire de l’Université de Bordeaux 3, a écrit un ouvrage pionnier sur l’histoire de la rivière de Dordogne au XVIIIe siècle avant de se consacrer à l’histoire de l’engagement des écrivains au XVIe siècle, tels Montaigne, La Boétie et Brantôme.

15 x 21 - 296 pages - index - 25 euros - ISBN : 2-910352-50-1 

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échos dans la presse

L'histoire de Bordeaux a, depuis des siècles, de chroniques en travaux scientifiques, fait l'objet de moult publications. De Camille Jullian à Charles Higounet en passant par le regard singulier et passionné de Michel Suffran, pour ne parler que de l'historiographie récente, des Bituriges à la métamorphose d'un siècle commençant, le passé de la ville dans toutes ses dimensions, humaine, économique, politique, religieuse, aussi bien qu'à travers les figures majeures qui y ont surgi, a été décrit et questionné. Y aurait-il quelque chose à ajouter ? Il y a toujours quelque chose à ajouter parce que l'Histoire est tout bonnement une matière vivante.
Celle que nous propose aujourd'hui Anne-Marie Cocula a le mérite de nous donner une synthèse rapide, facilement accessible, nourrie aux meilleures sources de la recherche contemporaine, et un regard qui privilégie le politique et le rapport des Bordelais à leur ville.
Sous la domination anglaise
L'une des grandes caractéristiques de l'histoire bordelaise est, bien sûr, cette relation amoureuse et, de ce fait, tourmentée, au royaume d'Angleterre. Cela commence au XIIe siècle avec Aliénor et prendra fin en 1453 avec la défaite de Talbot, à Castillon. Presque trois siècles, bien plus que la guerre de Cent Ans… La défaite de Jean le Bon à Poitiers, en 1356, sera pour les Bordelais une manière d'aubaine. Elle annoncera une période de calme, et donc de prospérité, qui durera une dizaine d'années sous la protection du légendaire Prince Noir, fils d'Édouard III.
Cette longue période suffit-elle à expliquer l'anglomanie que l'on a prêtée et que l'on prête encore sur le mode folklorique et mondain aux riverains du port de la Lune ? Ils en ont retenu « business is business » et, lorsque leur intérêt commercial est en jeu, ils n'ont pas d'états d'âme.
En 1627, quand Richelieu met le siège devant La Rochelle, les Bordelais ne vont-ils pas couler quelques vieilles carcasses dans le chenal d'accès, afin d'empêcher les Anglais de venir au secours de la ville protestante ? Le bénéfice est double : l'allégeance au roi de France (et au cardinal) est affirmée, le port rival sinistré.
Grandes figures bordelaises
Au fil de cette « Histoire de Bordeaux », on rencontre naturellement quelques grandes figures, et celle de Montaigne n'est pas la moindre. Mais c'est le rôle d'un de ses contemporains que souligne Anne-Marie Cocula : Jacques de Goyon, seigneur de Matignon, gouverneur envoyé par Catherine de Médicis en Guyenne. Ce « Normand froid », appartenant en ces temps troublés au parti catholique, se révélera homme de mesure et de conciliation. « Avec lui, les Bordelais ont trouvé un homme providentiel, capable de jouer tous les rôles, et même d'apaiser les tensions entre la ville et la monarchie. Consciemment ou non, son exemple a servi de modèle aux futurs maires de Bordeaux, même s'ils préfèrent se référer à l'auteur des "Essais" », écrit-elle.
Il ne saurait y avoir de livre d'histoire sans leçon à en tirer, quitte à ce qu'elle s'accompagne d'un regard légèrement ironique. Ainsi de la difficulté des habitants à voir leur ville se transformer.
Montesquieu s'oppose à Tourny, et Victor Louis, l'architecte du Grand-Théâtre qui ne sera jamais complètement payé, écrira à l'intendant Dupré de Saint-Maur :                     « Croiriez-vous, Monsieur, qu'ils ne m'ont pas dit un mot sur l'ouvrage important que je viens de faire dans leur ville ? J'espère, et c'est ce qui me console, que le temps m'en fera raison et que la postérité et les honnêtes gens m'en dédommageront. » Bordeaux n'est décidément pas une ville de vin nouveau, ni de pierre nouvelle. Elle a toujours besoin de vieillissement.

Thomas LANOUE

Sud-Ouest Dimanche, 4 juillet 2010 

 
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